Ce que je reproche à Lumumba
en regardant l'Iran
Dans l'histoire des nations, deux types de pouvoirs existent : ceux qui reposent sur un homme, et ceux qui reposent sur un système. Les premiers disparaissent avec leur leader. Les seconds survivent aux tempêtes de l'histoire.
Théophile Cirimwami Buhendwa
Jeune Politologue
14 mars 2026
Quand le pouvoir repose sur un homme
Lorsque Muammar Kadhafi est tombé en 2011, la Libye s'est effondrée avec lui. Lorsque le régime de Bashar al-Assad a été menacé à plusieurs reprises, c'est tout un appareil d'État qui a vacillé. Dans ces cas, le pouvoir était tellement concentré autour d'une seule personne que sa chute signifiait presque la disparition de l'État.
La leçon iranienne
Mais en observant la République islamique d'Iran, on découvre une réalité différente : un système politique conçu pour survivre même à la disparition de son leader. Même si le guide suprême, Ali Khamenei, venait à disparaître, l'État ne s'écroulerait pas. Des mécanismes institutionnels existent pour organiser la continuité du pouvoir.
Voilà la différence entre un pouvoir personnel et un pouvoir institutionnalisé. Ce constat devrait interpeller profondément les dirigeants africains.
Car sur notre continent, nous avons souvent construit des régimes autour d'individus, rarement autour d'institutions solides. Le leader devient le système, et lorsque ce leader disparaît, tout s'effondre.
Lumumba : une vision sans architecture institutionnelle
C'est là que je pense immédiatement à Patrice Lumumba. Lumumba n'était pas seulement un homme politique. Il incarnait une vision : celle d'un Congo souverain, digne, maître de ses ressources et de son destin. Mais cette vision n'a pas eu le temps de se transformer en institutions durables. Lorsqu'il fut assassiné en 1961, ce n'est pas seulement un homme que l'on a fait taire, c'est un projet national qui s'est retrouvé sans colonne vertébrale institutionnelle.
Et depuis lors, l'Afrique n'a cessé de répéter la même erreur.
Nous produisons des leaders charismatiques, mais rarement des systèmes solides. Nous célébrons les hommes providentiels, mais nous oublions de bâtir les structures capables de protéger leur héritage.
Résultat : chaque génération recommence la lutte que la précédente avait déjà commencée.
Ce que l'Afrique doit maintenant construire
La véritable révolution politique africaine ne sera pas seulement de produire de nouveaux leaders courageux. Elle sera de construire des États capables de survivre à leurs dirigeants.
Car une nation forte n'est pas celle qui possède un grand homme. C'est celle qui possède des institutions plus fortes que les hommes.
Aujourd'hui, l'Afrique doit tirer les leçons de l'histoire : ne plus seulement chercher des héros, mais bâtir des systèmes. C'est à cette condition que la vision de Lumumba cessera d'être un souvenir… pour devenir enfin une réalité historique.
Selon vous, quel pays africain est aujourd'hui le plus proche de bâtir un véritable système institutionnel solide ?
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À propos de l'auteur
Théophile Cirimwami Buhendwa
Jeune Politologue
Coordonnateur J.U.D ASBL & Secrétaire exécutif du Conseil Urbain de la Jeunesse, Ville de Bukavu. Passionné par les questions institutionnelles africaines et la philosophie politique, il analyse les dynamiques du pouvoir sur le continent à travers le prisme de l'histoire comparée.
